L’émancipation par la voix malgré tout.

Si dans certains domaines de la vie sociale au Bénin, les femmes tardent à s’affirmer, il en est autrement quand on considère l’univers de la musique. En effet, elles constituent un nombre non négligeable de femmes  à trouver leur voie et à se faire une renommée par l’usage de leur voix. Et l’opinion publique béninoise est de plus en plus convaincue que l’émancipation des femmes passe aussi par là. Même si c’est un chemin plein d’embûche.

10 février 2008. Los Angeles accueille  la 50ème édition des Grammy Awards, l’équivalent américain des victoires de laang_lique_kidjo_2008 musique. Au nombre des nombreux heureux du jour, une africaine, une béninoise, Angélique Kidjo. En effet, après plusieurs tentatives, la diva béninoise remporte enfin le Emmy Award dans la catégorie du meilleur album world music contemporaine grâce à son dernier album Djin Djin. Pour elle, c’est la consécration. Pour son pays, une reconnaissance internationale. En effet,  ce prix vient une fois encore reconnaître le talent de celle qui se révèle aujourd’hui comme une fierté béninoise. Car il faut le reconnaître, grâce à sa voix Angélique Kidjo est progressivement devenue une star internationale et compte des centaines de millions de fans. Aujourd’hui, Auteur, compositeur et interprète, elle est l’une des rares artistes africaines à avoir percé outre-atlantique. Toute chose qui lui a valu le poste d’ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef et fait d’elle une porte voix pour l’Afrique et pour les peuples qui y vivent. Et elle est loin d’être la seule. Car de son côté, après plusieurs années de carrière plutôt réussie où elle a toujours su mettre sa voix au service de la cause des enfants, Zeynab peut être fière aujourd’hui de se retrouver dans le cercle restreint des ambassadeurs de l’Unicef. Et quand les deux héroïnes se retrouvent autour de la même cause dans leur pays d’origine, on est en droit d’être fier d’être béninois. De Zouley à Rek Souza, sans oublier Madou et Princesse Esther qui ont représenté notre pays aux Koras Awards, à Fallyssa qui a reçu en 2007 le trophée de meilleure artiste béninoise au Black Music Award, en passant par Krystell (Christelle Guédou, de son vrai nom) qui décroche le premier prix à la dernière édition de Star Promo, les artistes béninoises se frayent petit à petit un chemin dans l’univers musical du Bénin. Si à l’échelle mondiale et africaine, on compte les femmes musiciennes par centaines voire milliers, au Bénin elles sont de plus en plus nombreuses ces femmes qui émerveillent et qui rivalisent de talent avec les hommes.

Corriger les mœurs, une mission sociale

"Je pense que la musique est la seule manière de guérir la peine et de rassembler. C'est un langage au-delà des couleurs, des nations et des cultures. Je veux inspirer une réflexion profonde sur la pauvreté, la liberté et la famille.". Cette déclaration lisible sur le site officiel de Angélique Kidjo montre le rôle ô combien important que les femmes artistes jouent. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait à travers son titre "Agolo" qui est une invite à la protection de l’environnement. Comme elle et à l’instar des hommes, les femmes se servent de leur voix et de leur talent pour aborder les maux qui minent la société. Tandis que la plupart d’elles chantent et vénèrent l’amour (Fallyssa, Dona Chanvoedo, Kêmy etc.), d’autres n’hésitent pas à peindre dans leurs œuvres musicales des fléaux sociaux. Ainsi, Zouley aborde dans l’une de ses chansons les méfaits de l’excision et invite ses compatriotes à cesser de telles pratiques. Ella martins, quant à elle, déclare une guerre farouche contre les coureurs de jupon, les infidèles. C’est en tout cas le message qu’elle véhicule dans son clip "No more pains", clip dans lequel on la voit gifler un homme, une attitude source de polémique. Mais pour l’artiste, c’est ce que mérite les hommes infidèles et les coureurs de jupon. C’est aussi une guerre contre les coureurs de jupon et les hommes infidèles que mènent à travers certaines de leurs chansons Love Affo et Zouley Sangaré. Pour elles, les femmes ne doivent plus être considérées comme des objets sans valeurs. De ce fait, elles méritent respect et considération.

Dure d’être artiste musicienne

Si elles font le bonheur de bons nombres de mélomanes, il n’en demeure pas moins qu’être artiste est très difficile pour les femmes. Elles doivent supporter le regard que porte sur elle le public qui les prend parfois pour des femmes de mœurs légères à cause de leur habillement. Mais, explique Fallyssa, « la musique est un métier contraignant pour la femme qui exige qu’elle soit tout le temps belle et parfois un peu sexy. Et cela prête à confusion. ». En effet, pour plaire au public, les femmes artistes n’hésitent pas à "mettre en valeur" leur corps à travers les clips ou les concerts qu’elles animent. Mais ce n’est pas sans conséquences. Car à l’opposé de l’homme, la femme artiste est sujet à des avances de toute part. « Moi par exemple, explique Fallyssa, je ne peux pas aller chercher de sponsors. Car dès que tu t’assois, on voit d’abords ta beauté, tes beaux yeux, bref ton beau corps avant ton talent. Et quand ça commence comme cela, c’est que c’est mal parti ». A cause de ces "atouts naturels", les femmes artistes subissent des assauts de toute part. Des fans attirés par l’appât d’une beauté irrésistible aux partenaires adeptes du "gagnant- gagnant", elles n’ont de cesse d’être dérangées. Mais si Fallyssa a eu la chance de ne  rencontrer jusqu’ici que des hommes responsables et galants pour comprendre qu’elle est déjà mariée (et mère de trois beaux gosses), certaines artistes ont la malchance de tomber sur des prétendants qui ne pense qu’à jouer et à jouir. De l’autre côté, elles doivent aussi faire face à leur devoir d’épouse et de mère de famille et prier pour avoir un mari (compagnon) assez compréhension pour les aider dans leur "métier". Ce qui est pour certaines un véritable frein à l’expression totale de leur talent. Mais en général, les artistes béninoises se sont fait une place dans le domaine musical. Et tentent petit à petit de se rendre incontournable et ainsi de gagner leur émancipation.

Joël HOUNKPE / Sabine KAKPO / Eustache AGBOTON